Le régime sénégalais de sécurité sociale

2026

A. Généralités

1) Structure

Le régime sénégalais de sécurité sociale des travailleurs salariés vise tous les risques sauf le chômage.

Les travailleurs indépendants ne sont pas couverts par le régime de sécurité sociale.
Ils peuvent cependant adhérer volontairement aux assurances :

Le risque maladie est garanti dans le cadre du Code du travail pour les travailleurs salariés.

Le ministère du Travail, de l'Emploi et des Relations avec les institutions a mis en œuvre en 2013, la réforme de l'assurance maladie obligatoire (AMO) instaurant une Couverture Sanitaire Universelle (CSU).

L'Agence Sénégalaise de la Couverture Sanitaire Universelle (SEN-CSU) est l'organisme public national en charge de la conception et de l'opérationnalisation de la stratégie nationale de développement de la CSU.

La Couverture Sanitaire Universelle (CSU) offre la possibilité aux personnes les plus démunies de bénéficier d'une couverture maladie. Elle permet aux personnes ayant de faibles revenus (monde rural et secteur informel) d'être affiliées à un régime d'assurance maladie et de bénéficier des mêmes soins que les personnes affiliées aux autres régimes maladie. 

Cette réforme oblige également les employeurs d'entreprises de plus de 300 salariés à créer ou à affilier leurs salariés auprès d'une institution de prévoyance maladie (IPM)  leur garantissant une couverture maladie. 

2) Organisation administrative

Le régime de sécurité sociale est géré par 2 organismes de droit privé chargés d'une mission de service public et placés sous la tutelle de la Direction Générale du Travail et de la Sécurité sociale (DGTSS)  du ministère du Travail, de l'Emploi et des Relations avec les institutions. Ces 2 caisses ont le statut d'institution de prévoyance sociale.

La Caisse de sécurité sociale (CSS) gère :

Elle dispose d'agences régionales, de centres de protection maternelle et infantile, de cliniques et de plannings familiaux.

L'Institution de Prévoyance Retraites du Sénégal (IPRES) gère le régime national obligatoire d'assurance vieillesse (retraite de base et retraite complémentaire).

Les organismes compétents en matière d'assurance maladie sont :

3) Financement

Voir la fiche de cotisations

B. Maladie

1) Soins de santé

Le ministère de la Santé et de l'Hygiène Publique pilote la Couverture Maladie Universelle (CMU) qui comprend :

Les soins de santé sont assurés à l'ensemble de la population dans les structures publiques suivantes :

Il existe également un réseau de soins privés

Tarifs des prestations médicales en 2025 dans le réseau public à Dakar
Prestations médicales Tarifs
Consultation médicale avec un médecin généraliste - niveau 3 Entre 3 000 et
10 000 FCFA1
(Entre 15 000 et 25 000 FCFA en cliniques privées)
Consultation médicale avec un médecin généraliste - niveaux 1 et 2 Entre 500 et
3 000 FCFA
Consultation médicale avec un médecin spécialiste - niveau 3 Entre 5 000 et
12 000 FCFA
(Entre 16 000 et 30 000 FCFA en cliniques privées)
Consultation avec une infirmière ou une sage-femme - niveau 1 Entre 5 000 et
12 000 FCFA
Consultation dans un poste de santé - niveau 1 500 FCFA pour un adulte
300 FCFA pour un enfant
Consultation hospitalière 20 000 FCFA
Journée d'hospitalisation 28 000 FCFA
(Entre 80 000 et 500 000 FCFA en cliniques privées)
Urgence prise en charge à l'hôpital Entre 50 000 et 700 000 FCFA
Accouchement normal 20 000 FCFA
Analyses sanguines Entre 3 000 et
8 000 FCFA
(Entre 10 000 et 25 000 FCFA dans le secteur privé)
Imagerie : Echographie  Entre 8 000 et
15 000 FCFA
(Entre 25 000 et 75 000 FCFA dans le secteur privé)
Médicaments pour traitement de maladies chroniques Entre 7 500 et 20 000 FCFA par mois

1 Depuis le 1er mars 2002, 1 franc CFA (Franc de la Coopération Financière en Afrique Centrale) vaut 0,0015 euro. 

Il existe de fortes disparités de tarifs sur le territoire surtout en ce qui concerne les soins dispensés à l'hôpital. En cas d'hospitalisation, il convient également de prévoir le versement d'une caution hospitalière permettant de pallier les impayés, qui peut varier entre 50 000 et 300 000 FCFA selon l'hôpital.

Parallèlement à la couverture maladie universelle, plusieurs compagnies d'assurances privées proposent des assurances maladie.

Ces assurances permettent de bénéficier de soins dans des établissements privés, d'accéder à des traitements médicamenteux et des traitements spécifiques, et peuvent parfois couvrir une gamme plus large de services comme des soins spécialisés et des interventions chirurgicales.

Les tarifs pratiqués dans les structures privées de soins sont, en général, 10 fois plus élevés.

a/ Salariés 

La couverture maladie est assurée obligatoirement à tous les salariés permanents d'entreprises ou d'interentreprises par l'intermédiaire des Institutions de Prévoyance Maladie (IPM).

Les membres de la famille du/de la salarié/e sont également protégés :

Chaque membre se voit remettre un livret individuel de santé.

Le droit aux prestations est subordonné à un délai de stage et de cotisations de 2 mois.

Ces institutions couvrent 50 % à 80 % des frais concernant :

Sont pris en charge de façon facultative :

b/ Travailleurs indépendants 

Les travailleurs indépendants peuvent adhérer volontairement à des mutuelles privées de santé. Peuvent également s'affilier les assurés volontaires, les travailleurs agricoles, les étudiants, les personnes en situation de vulnérabilité bénéficiant d'une Bourse de Sécurité Familiale (Aide sociale).

Sont également protégés, les membres de la famille de la personne affiliée :

Le droit aux prestations est subordonné à un délai de stage et de cotisations de 1 mois.

Ces mutuelles ne prennent en charge que les soins dispensés au niveau des structures de santé publique ou des structures ayant signé une convention.

Les prestations dispensées dans des structures publiques et les médicaments génériques peuvent être couverts à 80 % par les mutuelles (50 % dans les pharmacies privées).

Les personnes couvertes par le programme Bourse de Sécurité Familiale bénéficient d'une prise en charge de 100 % des frais dans les centres de santé publique et de 80 % dans les établissements de santé publique (EPS).

Ils couvrent :

c/ Pensionnés 

Le titulaire de pension bénéficie pour lui et les membres de sa famille des soins de santé dans le cadre du budget d'actions sanitaires et sociales de l'IPRES. Ces soins (consultations, hospitalisations et médicaments) sont dispensés gratuitement dans les centres médico-sociaux de l'IPRES et dans les hôpitaux avec lesquels l'IPRES est liée par des conventions de prises en charge de ses pensionnés.

d/ Régime d'assistance médicale

Le régime d'assistance médicale est destiné :

Les soins sont gratuits et comprennent :

2) Indemnités journalières de maladie (salariés)

L'employeur est tenu, pendant l'arrêt maladie de son salarié, de lui verser une indemnité qui est variable selon la durée d'emploi dans l'entreprise (convention collective nationale interprofessionnelle du Sénégal).

Le travailleur en contrat à durée indéfinie qui s'arrête pour cause de maladie ou d'accident, reçoit de son employeur une allocation dont le montant est déterminé comme suit :

Ancienneté dans l'entreprise Montant et durée d'indemnisation
Moins de 1 an de présence Plein salaire pendant 1 mois
Demi-salaire pendant 3 mois
De 1 à 5 ans de présence Plein salaire pendant 1 mois
Demi-salaire pendant 4 mois
Plus de 5 ans de présence Plein salaire pendant 2 mois
Demi-salaire pendant 5 mois

3) Indemnités journalières de maternité (salariées)

La femme enceinte, salariée d'une entreprise affiliée à la CSS, a le droit à des indemnités journalières égales à 100 % du dernier salaire journalier perçu pendant toute la durée de son congé de maternité :

Le congé de maternité peut être prolongé de 3 semaines au maximum en cas d'inaptitude à reprendre le travail à la suite d'une maladie consécutive à la grossesse ou à l'accouchement.

La femme salariée a droit, à la reprise de son emploi, a un repos d'allaitement équivalent à une heure par jour durant 15 mois, rémunéré et pris sur le temps de travail, en accord avec l'employeur, à défaut en début de journée.

C. Prestations familiales 

Les prestations familiales versées aux assurés salariés ayant un ou plusieurs enfants à charge sont :

Peuvent bénéficier des prestations familiales :

Pour les personnes en chômage involontaire, les droits et la durée de maintien de droits dépendent de la durée d'affiliation préalable :

Le droit aux prestations familiales est subordonné notamment à une activité professionnelle de 3 mois consécutifs et d'un temps minimal de travail de 18 jours ou 120 heures dans le mois.

1) Allocations prénatales

Elles sont dues à toute femme salariée dont le mari n'exerce aucune activité professionnelle, ou à toute conjointe d'un travailleur salarié, ainsi qu'à toute femme salariée non mariée.

Si une déclaration de grossesse accompagnée d'un certificat médical est adressée à la CSS dans les 3 premiers mois de la grossesse, les allocations sont dues, en principe, pendant les 9 mois précédant la naissance.

Pour pouvoir bénéficier des allocations prénatales, la femme enceinte doit passer 3 visites médicales obligatoires. Les allocations prénatales sont payées à la mère sur présentation des volets du carnet de grossesse attestant sa présence aux visites obligatoires.

Allocations prénatales
Visites médicales obligatoires Mois de grossesse Montant
1ère Avant le 3e mois de grossesse 2 mensualités
de 2 250 FCFA =
4 500 FCFA
2ème Vers le 6e mois de grossesse 4 mensualités
de 2 250 FCFA =
9 000 FCFA
3ème Au 8e mois de grossesse 3 mensualités
de 2 250 FCFA =
6 750 FCFA

Toute visite médicale non effectuée fait perdre le bénéfice de la fraction de prestations correspondantes.

2) Allocations de maternité

Les conditions requises sont les mêmes que pour les allocations prénatales.

Versées à la naissance de chaque enfant viable et inscrit sur les registres de l'état civil, ces allocations sont payées à la mère sur présentation du certificat d'accouchement et des volets du carnet de maternité attestant que les visites médicales du nourrisson ont bien été effectuées :

Elles sont versées de la manière suivante : 

Allocations de maternité
Age de l'enfant Montant
Naissance ou immédiatement après la demande 6 mensualités de 2 250 FCFA =
13 500 FCFA
6 mois 6 mensualités de 2 250 FCFA =
13 500 FCFA
12 mois 6 mensualités de 2 250 FCFA =
13 500 FCFA
18 mois 3 mensualités de 2 250 FCFA =
6 750 FCFA
24 mois 3 mensualités de 2 250 FCFA =
6 750 FCFA

En cas de naissances multiples, chaque naissance est considérée comme une naissance distincte.

3) Allocations familiales

Les allocations familiales prennent le relais des allocations de maternité.

Elles sont versées à partir du deuxiéme anniversaire de l'enfant et jusqu'à l'âge de :

Le nombre d'enfants ouvrant droit aux allocations familiales est limité à 6.

Le taux de base des allocations familiales est fixé à 2 600 FCFA par mois et par enfant (pour 6 enfants maximum).

Elles sont versées sous réserve que l'allocataire fournisse les pièces justificatives (certificat médical pour les enfants de moins de 14 ans, certificat de scolarité ou contrat d'apprentissage des moins de 21 ans).

D. Accidents du travail et maladies professionnelles

L'assurance accidents du travail - maladies professionnelles couvre :

Sont concernés les travailleurs salariés tout comme les travailleurs indépendants ayant adhéré volontairement à ce risque.

1) Formalités, soins

Aucune condition de stage préalable n'est requise.

En cas d'accident, l'employeur est tenu :

La réparation accordée à la victime comprend :

2) Incapacité temporaire

L'indemnité journalière est payée à la victime à partir du 1er jour qui suit l'arrêt de travail consécutif à l'accident.

Elle est égale pendant les 28 premiers jours à 50 % du salaire/revenu journalier, et aux 2/3 à compter du 29e jour jusqu'à la guérison ou la consolidation.

Le salaire/revenu journalier maximum utilisé pour le calcul de l'indemnité est égal à 1 % du revenu/salaire annuel utilisé pour le calcul des cotisations, soit 7 560 FCFA.

3) Incapacité permanente 

En cas d'incapacité permanente, la victime a droit à une pension d'invalidité égale au salaire/revenu annuel multiplié par le taux d'incapacité préalablement réduit de moitié pour la partie de ce taux qui ne dépasse pas 50 % et augmenté de moitié pour la partie excédant 50 %.

Si le degré d'incapacité de la victime est total (100 %) et requiert l'assistance constante d'une tierce personne pour effectuer les actes ordinaires de la vie, le montant de la pension est majoré de 40 %.

Si l'incapacité est inférieure ou égale à 10 %, l'assuré reçoit un versement unique.

La pension d'une incapacité de travail supérieure à 10 % se calcule sur :

1 Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) :

- 371 FCFA brut/heure pour les professions soumises à la durée légale hebdomadaire de travail de 40 heures, soit 64 223 FCFA par mois depuis le 1er juillet 2023,

- 237 FCFA brut/heure pour les travailleurs relevant des entreprises agricoles et assimilées depuis le 1er juillet 2023.

Le paiement de la pension est trimestriel et peut, sur demande, être mensuel si le taux d'incapacité est d'au moins 75 %. En cas d'incapacité égale à 100 %, le paiement est obligatoirement mensuel.

Le taux d'incapacité est fixé par les médecins conseils de la CSS et est révisé tous les 2 ans.

4) Survivants

En cas d'accident entraînant le décès, les ayants droit de la victime perçoivent une rente dont le pourcentage du salaire/revenu annuel de la victime diffère selon leur statut.

La notion d'enfant à charge est celle retenue pour la branche des prestations familiales. Les ascendants doivent être à la charge de la victime au moment de l'accident.

Ayants droit Montant de la rente
Epoux/se 30 %
Enfants Selon le nombre d'enfants :
1 : 15 %
2 : 30 %
3 : 40 %
10 % par enfant supplémentaire
Ascendants à charge 10 % par ascendant
maximum de 30 % si plusieurs ascendants

En cas de remariage du conjoint survivant, un versement unique égal à 3 ans de rente est versé dans le cas où il y a des enfants à charge.

A noter que l'ensemble des rentes ne doit pas dépasser 85 % du salaire/revenu annuel de référence. Si tel est le cas, il est procédé à une réduction proportionnelle pour chacun des ayants droit.

E. Vieillesse et décès (survivants)

Seuls les travailleurs salariés ayant cotisé auprès de l'IPRES ouvrent droit aux  prestations de l'assurance vieillesse.

1) Pensions de base

a/ Vieillesse

Conditions

Pour pouvoir obtenir une pension de retraite de l'IPRES du régime général (RG) comme au régime complémentaire (RCC), il faut :

La pension peut également être liquidée par anticipation à partir de 55 ans avec application d'un coefficient de réduction.

L'assuré qui continue de travailler après 60 ans accumule des points supplémentaires de retraite (jusqu'à 65 ans).

L'assuré qui obtient moins de 1 000 points de retraite ou moins de 120 mois de cotisations bénéficie d'un versement unique.

Montant

Le montant de la pension de retraite est calculé sur la base des points inscrits au compte du bénéficiaire. Lorsque les cotisations sont versées, elles sont converties en points en divisant le montant de la cotisation par la valeur du point au moment du versement.

La pension annuelle est calculée selon la formule suivante :

(Points de cotisations + points gratuits – points de minoration + points de majoration) x valeur du point1

1 Valeur mensuelle du point régime général : 24,75 FCFA (paramètres IPRES 2025)

Une majoration de 5 % peut être versée pour chaque enfant à charge de moins de 18 ans (21 ans en cas de poursuite d'études) jusqu'à concurrence de 3 enfants.

En cas d'anticipation, la pension de vieillesse est réduite de 1 % pour chaque trimestre non effectué avant 60 ans.

La pension est versée tous les 2 mois.

b/ Survivants

Conjoint

Une pension de réversion peut être servie à la veuve qui été mariée depuis au moins 2 ans avec le défunt, à partir de :

Le service de la pension est suspendu dès que les enfants cessent d'être à charge et reprend lorsque la veuve a 50 ans.

En cas de remariage avant 45 ans révolus, le droit à pension cesse à compter du premier jour du trimestre civil suivant. La veuve qui se remarie après 45 ans révolus continue de percevoir sa pension jusqu'à son décès.

Pour le veuf qui été marié depuis au moins 2 ans avec la défunte, la pension de réversion est versée à partir de :

Le conjoint survivant bénéficie de 50 % de la pension que recevait ou aurait dû recevoir le conjoint décédé.

En cas de demande anticipée de la pension entre 45 et 50 ans, une réduction de 1 % pour chaque trimestre d'anticipation au régime général et au régime complémentaire est appliquée.

Orphelin

L'orphelin âgé de moins de 18 ans ou 21 ans en cas de scolarisation, bénéficie de 20 % de la pension du parent décédé.

Cette pension est versée jusqu'à concurrence de 5 orphelins.

Les droits sont répartis proportionnellement au nombre d'orphelins s'ils sont plus de 5.

L'orphelin de père et de mère qui peut prétendre à des droits des 2 ascendants bénéficie de la pension la plus élevée.

2) Retraites complémentaires

La retraite complémentaire ne concerne que les cadres dont le montant des revenus mensuels est supérieur à 432 000 FCFA. La cotisation à ce régime est obligatoire.

Ce régime est identique au régime général1.

1 Valeur mensuelle du point régime cadre : 16,5 FCFA (paramètres IPRES 2025)

En cas d'anticipation, la pension de retraite complémentaire est réduite de 1 % pour chaque trimestre avant 60 ans.

F. Aide sociale 

Bourse de sécurité familiale

Dans le cadre de la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE), le Sénégal a procédé à l'actualisation de la Stratégie nationale de Protection sociale (SNPS) et a initié le Programme national de Bourses de Sécu­rité familiale (PNBSF) à l'attention des familles défavorisées.

Sous conditions de revenu, d'assiduité scolaire des enfants et après la tenue d'une enquête sociale, les bénéficiaires de ce programme peuvent recevoir une aide financière maximale de 100 000 FCFA par an.